Luca Attanasio, l’ambassadeur d’Italie en RDC a-t-il été victime du « business du kidnapping » ?




Luca Attanasio, l’ambassadeur d’Italie en RDC a-t-il été victime du « business du kidnapping » ?







Luca Attanasio, ambassadeur italien en RDC


Au lendemain de la mort de l’ambassadeur d’Italie en RDC et de l’arrivée aux Emirats arabes unis de Joseph Kabila, plusieurs questions demeurent en suspens. Essai de réponses.

1. Pourquoi l’ex président Kabila a-t-il quitté Lubumbashi pour Dubaï ?

D’après ses proches, il a répondu à une invitation de longue date et le séjour dans les Emirats arabes unis ne devrait durer que quelques jours. Dubaï est devenue pour les Congolais, et en particulier pour la famille Kabila, une capitale familière, d’où opèrent, off shore, plusieurs sociétés minières et autres présentes en RDC.

A Dubaï, au cours d’une réunion, Joseph Kabila a rencontré des officiers supérieurs occidentaux, dont des Américains. Il a laissé une situation tendue à Lubumbashi : sa propre garde personnelle a été remplacée par des policiers, 1800 soldats de la garde républicaine sont arrivés dans la ville. La question de l’arrestation du général Numbi, commanditaire possible de l’assassinat de Floribert Chebeya est présente dans tous les esprits et dans cette hypothèse, Joseph Kabila a peut-être préféré se trouver à l’extérieur du pays.

2. Pourquoi l’ambassadeur italien Luca Attanasio voyageait il au Nord Kivu ?

Devenu familier de l’est du Congo, Luca Attanasio était parfois considéré comme plus humanitaire que diplomate : à Kinshasa, il avait créé avec son épouse une association s’occupant d’ex-enfants soldats, « socia mama » et il était un visiteur régulier de l’hôpital Panzi à Bukavu.

Au Nord Kivu, invité par le Programme alimentaire mondial, il visitait des projets onusiens et, lundi matin, il se rendait dans un centre scolaire. Arrivé le vendredi à bord d’un vol de la Monusco, il ne s’était pas présenté aux autorités locales et n’avait pas averti la police de son déplacement, contrairement aux usages diplomatiques. L’absence d’une escorte armée avait surpris, mais plusieurs ONG de la place, dont MSF et Médecins du monde, préfèrent opérer ainsi, estimant que des hommes en armes, susceptibles d’ouvrir le feu, peuvent représenter un danger supplémentaire. En outre, la région où se déroula l’attaque était qualifiée de « zone jaune », où la protection armée n’est pas obligatoire.

3.Qui pouvait avoir intérêt à s’en prendre au diplomate ?

Parmi les 120 groupes armés ( !) qui opèrent au Nord Kivu, certains pratiquent régulièrement les prises d’otages. De nombreux notables congolais nous confirment ce « business du kidnapping » : après l’enlèvement par des hommes armés, une demande de rançon est adressée aux familles. Les circuits de paiement étant bien rodés, la somme requise peut atteindre les 10.000 dollars.

Aussitôt versée, elle est acheminée via des intermédiaires et permet la libération de l’otage. Identifié au départ de Goma comme une « prise » intéressante, le diplomate italien pourrait ainsi avoir été «pisté » dès le départ de Goma par des kidnappeurs et leurs complices. C’est pour cela que les assaillants tentèrent d’abord de l’entraîner à pied dans la brousse voisine et l’échange de coups de feu fut déclenché par l’irruption de gardes du parc des Virunga. Le garde du corps italien et un accompagnant congolais furent tués sur le coup et l’ambassadeur mortellement atteint.

4. Les rebelles hutus peuvent ils être mis en cause ?

Les FDLR (qui pratiquent cependant les prises d’otages) ont fermement démenti leur éventuelle participation à l’attaque. Mais surtout, ils sont peu présents dans cette région située à moins de 5 km de la frontière du Rwanda où opèrent les forces congolaises avec à leurs côtés, des éléments de l’armée rwandaise. Ces derniers collaborent désormais étroitement avec leurs voisins en vertu d’un accord entre les deux pays, renouvelé voici quelques jours par le général rwandais Kazura et François Beya, conseiller du chef de l’Etat en matière de sécurité.

Voici deux semaines des opérations conjointes avaient repris dans la région, Rutshuru, Masisi et Walikale) perturbant les activités humanitaires. Les opérateurs économiques du Nord Kivu dénoncent régulièrement des opérations de déstabilisation de leur région à la veille de l’inauguration de projets touristiques importants, à Goma ou dans le parc des Virunga.

En outre, des photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent qu’au cours de son dernier week end dans le Nord Kivu, le diplomate avait visité des sites miniers non officiels où travaillent de jeunes mineurs, ce qui aurait pu l’amener, au retour, à formuler des conclusions dérangeantes.

Depuis Kinshasa, un dirigeant dissident de l’UDPS, Valentin Mubake, s’est demandé pour sa part pourquoi les 1800 hommes de la garde républicaine avaient été envoyés au Katanga et non dans le « chaudron » du Nord-Kivu.