Le dialogue s'impose pour sauver la République (André-Alain Atundu Liongo)




Le dialogue s'impose pour sauver la République (André-Alain Atundu Liongo)




André-Alain Atundu Liongo


La force et la solidité d'une communauté nationale résident dans l'utilisation sociale et judicieuse de la raison. Celle-ci s'exprime de diverses manières : à travers la Constitution, les lois et les règlements.

Le tout traduit dans une logique comportementale que l'on qualifie de rationalité. Les lois des différents secteurs de la vie nationale aboutissent à des logiques différentes.

Il arrive que ces différentes rationalités, alliées aux intérêts particuliers, créent des situations non conformes auxquelles il est difficile de mettre fin par la seule raison, en l'occurrence par la seule force de la loi.

Lorsqu'une telle situation persiste, survient inévitablement un blocage social qui se traduit par une crise politique.

Ainsi, lorsque la gouvernance d'un Pays se fait à coup d'actes judiciaires, c'est que, comme le dit SHAKESPEARE dans Hamlet, quelque chose sent le roussi dans l'Etat...

En des termes compréhensibles et courants, le pouvoir politique est faible puisqu'incapable de donner son impulsion aux institutions.

Dans cette hypothèse, il est recommandé de recourir non à la raison c'est-à-dire à la force de la loi, mais au bon sens c'est-à-dire à la recherche de l'apaisement et de la sérénité dans la vie sociale par le dialogue positif et constructif.

Pour avoir quelque chance d'aboutir dans cette démarche, il convient d'écarter les extrémistes de tout bord qui manipulent l'ego du pouvoir à des fins inavouées.

Condition sine qua non pour échanger dans la sérénité et construire la confiance nécessaire en n'ayant en vue et en tête que l'intérêt supérieur de la Nation.

Puisque, d'après Descartes, le bon sens est la chose la mieux partagée, il ne fait pas de doute qu'un dialogue engagé dans ces conditions ne peut qu'aboutir d'abord à déstresser la société pour ensuite élaborer une solution appropriée.

Ecartés ainsi le défi, l'arrogance, le triomphalisme et l'abattement.

Est alors rétablie la condition fondamentale de la bonne gouvernance à savoir la cohésion des consciences et la paix des esprits.

Le sentiment du triomphe absolu de la raison ne devient alors qu'une sorte d'autisme politique, tandis que la victoire du bon sens apparait comme un facteur de cohésion de la Nation. Puisque le triomphe absolu de la raison humilie tandis que la victoire du bon sens est accommodante.

D'autant qu'une démarche basée exclusivement sur la raison cabre les uns par défi et crée chez d'autres un esprit de résistance voire de résilience s'estimant, à tort ou à raison, victimes de la situation créée par le Pouvoir.

La raison pure de l'Etat profond peut ainsi détruire la démocratie par son socle, la liberté, à cause de sa raideur et de sa rigidité.

Lorsque la raison allume le feu, ce qui est souvent le cas, le bon sens est là pour éteindre le brasier afin de permettre une meilleure visibilité ou plutôt une meilleure lisibilité de la vie sociale.

Si le feu peut se déclencher d'un coup, de façon spectaculaire, pour l'apaiser et l'éteindre, il faut savoir user à bon escient de l'or du temps que sont la patience et son corollaire la persévérance. Qualités que le Président Kabila possède en abondance au regard de l'agitation de ceux qui ont trahi comme pour payer le tribut de la mauvaise conscience, d'une part et au regard du triomphalisme béat de ceux qui pratiquent la politique comme une science de mauvaise foi, d'autre part.

Loin d'être un signe de faiblesse et de mollesse, le dialogue permet de prendre la vraie mesure de la situation et d'y apporter une solution adéquate.

Il faudrait que la technocratie administrative se limite à son rôle de gardienne de la maison laissant aux politiques la poursuite de leur mission de fureteur.

Le dialogue s'impose pour sauver la République car comme pour paraphraser Mitterrand : l'intégrisme même en politique n'est pas le plus sûr moyen de promouvoir la démocratie.

Ambassadeur André-Alain Atundu Liongo

Fait à Kinshasa, le 10 Février 2021