France: Décès d'Edem Kodjo, l’ancien facilitateur du dialogue inter-congolais




France: Décès d'Edem Kodjo, l’ancien facilitateur du dialogue inter-congolais







Edem Kodjo à Kinshasa pour faciliter la transition en RDC, le 26 juillet 2016. (© Radio Okapi/John Bompengo)


Edem Kodjo, l’ex-premier ministre togolais, ex-Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine et « facilitateur » du dialogue congolais par l’Union africaine (UA), est décédé vendredi à Paris.

Edem Edouard Kodjovi Kodjo n’est plus. L'ancien Premier ministre togolais et également ancien Secrétaire Général de l'Organisation de l’Unité Africaine (OUA) est décédé vendredi à Paris à l'âge de 82 ans. Pour l’heure, aucune information n’a été donnée sur les circonstances du décès de cette figure qui a fortement marquée l’histoire politique du Togo et la RDC.

Qui est cet homme qui a marqué l’histoire du Togo et de la RDC ?



Secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine de 1978 à 1983, il fut Premier ministre du Togo à deux reprises, du 23 avril 1994 au 20 août 1996, puis du 9 juin 2005 au 20 septembre 2006. Il a également été gouverneur du Fonds monétaire international (FMI) de 1967 à à 1973.

Edem Kodjo a marqué la vie du Togo pendant plusieurs années. Ancien collaborateur de Gnassingbé Eyadèma, M. Kodjo a été un des dirigeants du Rassemblement du peuple togolais (RPT), alors parti unique. Il a été ministre de l'Économie, puis des Affaires étrangères dans les années 1970.

Edem Kodjo a marqué la vie du Togo pendant plusieurs années. Ancien collaborateur de Gnassingbé Eyadèma, M. Kodjo a été un des dirigeants du Rassemblement du peuple togolais (RPT), alors parti unique. Il a été ministre de l'Économie, puis des Affaires étrangères dans les années 1970.

Son opposition à l'autoritarisme du parti-Etat vers la fin des années 1970 lui a valu un exil en France. Mais au début des années 1990, Edem Kodjo est revenu sur la scène politique togolaise avec le parti Union togolaise pour la démocratie (UTD). C’est à ce titre qu’il a été désigné candidat unique de l'opposition à l'élection présidentielle de 1993. Mais il ne participera pas à cette élection, sa candidature ayant été retirée par Léopold Gnininvi alors qu’il était en pleine campagne.

Lors des élections législatives de 1994, l'UTD obtient 7 sièges sur 81. En mésentente avec Me Yawovi Agboyibo, Edem Kodjo s'allie avec le RPT et a été nommé Premier ministre. Il occupa ce poste jusqu’en 1996.

C’est alors qu’il avait décidé de renforcer son parti grâce à la fusion avec trois autres partis d'opposition. D’où la création de la Convergence patriotique panafricaine (CPP).

Après la mort de Gnassingbé Eyadèma en 2005, son fils, Faure Gnassingbé a pris le pouvoir et en pleine marasme politique, Edem a été nommé Premier ministre le 9 juin 2005. Il devrait former un gouvernement et rétablir le calme dans un pays qui vient de perdre des centaines de ses fils dans des exactions politiques.

En 2009, Edem Kodjo a fait publiquement ses adieux à la politique du haut de ses 71 ans. Depuis, il était resté Conseiller du Chef de l’Etat togolais jusqu’à la crise sociopolitique du 19 août 2017. Mais il a créé la Fondation Pax Africana regroupant plusieurs anciens Chefs d'Etat et de gouvernements africains pour réfléchir aux questions de paix sur le continent.

En divergence de vue avec le régime sur la gestion de la crise sociopolitique d'août 2017, Edem Kodjo a rompu les ponts avec le pouvoir de Lomé en 2018. Ensuite ses problèmes sanitaires ont commencé. Il a été évacué sur Paris pour être pris en charge. Mais la maladie a fini par avoir raison de lui.

Facilitateur de l'UA dans le dialogue inter-congolais



En tant que facilitateur du dialogue inter-congolais, Edem Kodjo a été confronté à de nombreux obstacles dès sa désignation, le 16 janvier 2016, par l’Union africaine (UA). Dès le lendemain, la plupart des partis de l’opposition politique, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et les coalitions de la Dynamique de l’opposition et du G7, font savoir qu’ils s’y opposent, dénonçant la médiation de l’UA, jugée trop favorable au président Kabila, et un processus qui ne servirait qu’à entériner le glissement du calendrier électoral. Le premier semestre du mandat d’Edem Kodjo consiste dès lors à concilier deux mouvances opposées, qui se rejettent mutuellement la responsabilité du retard dans l’organisation de l’élection.

Les blocages sont nombreux dans ce processus. L’UDPS et son président, Étienne Tshisekedi, initialement favorables au dialogue, soumettent leur participation à une série de conditions. Edem Kodjo, pour qui « il n’y aura pas de dialogue politique sans l’UDPS », plaide auprès du gouvernement pour que ce dernier réponde aux demandes de l’opposition, dont la libération des prisonniers politiques, la liberté des médias, puis l’abandon des poursuites engagées contre Moïse Katumbi. Ces conditions font écho aux demandes de plusieurs mouvements citoyens et organisations de défense des droits de l’homme, qui réclament l’abandon complet des charges contre tous les prisonniers politiques – et non plus seulement la libération – en contrepartie de leur participation.

La convocation, pour le 23 août, du comité préparatoire au dialogue à l’initiative de Kodjo, alors que les doléances de l’opposition n’ont pas été rencontrées, contribue à la crispation du climat politique et conduit de nombreuses formations à refuser toute participation. Si le facilitateur a déclaré le 15 juillet que « l’essentiel est fait » en ce qui concerne les demandes de l’opposition, la lecture des différentes plateformes est toute autre. Par la voix de son secrétaire, l’UDPS – membre de la nouvelle coalition du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement fondé à Genval (Belgique) en juin – dénonce « la précipitation avec laquelle Monsieur Kodjo a lancé, unilatéralement, l’invitation pour les travaux préparatoires du dialogue ».

Ce dernier débute finalement le 1er septembre, quelques jours après la libération d’une poignée de prisonniers politiques. Par ailleurs, les médias jugés proches de l’opposition n’ont pas été rouverts, et les charges qui pèsent contre Moïse Katumbi sont maintenues. Les conditions posées par les principales formations n’ayant pas été remplies, le Rassemblement, la Dynamique et le G7 déclinent l’invitation du facilitateur.

Les Accords non aboutis de l'UA



De fait, le dialogue qui s’est tenu en septembre et octobre a été marqué par l’absence de la plupart des partis de l’opposition et des représentants de la société civile. Déjà, selon les conclusions du comité préparatoire, l’objet du dialogue portait davantage sur la finalisation d’un nouvel accord de partage du pouvoir que sur la tenue d’élections selon les termes constitutionnels – avant le 19 décembre 2016.

Si à la faveur de la médiation d’Edem Kodjo, un nombre limité de prisonniers politiques ont été libérés, il n’en demeure pas moins que ceux-ci bénéficient d’une liberté conditionnelle et que les charges n’ont pas été abandonnées. Malgré les efforts du facilitateur auprès de Kabila pour que les médias pro-opposition rouvrent, la répression et la censure s’accroissent. Ces constats, couplés aux conclusions du comité préparatoire – à l’opposé des attentes d’une majorité de l’opposition – ont contribué à détourner cette dernière du dialogue.

Le dialogue, qui se voulait lieu de discussions de l’ensemble des forces politiques congolaises, s’en trouve dénaturé. Les accords qui en sont issus et ont été signés le 18 octobre entérinent le glissement du calendrier électoral. Les chances d’organiser les élections dans les délais constitutionnels s’évaporent. Les participants au dialogue se sont accordés pour « préparer et organiser les élections présidentielle, législatives et provinciales dans un délai de six mois dès la convocation des scrutins le 30 octobre 2017 ». De fait, le pouvoir a tendu une main timide vers une partie de l’opposition, et nommé un Premier ministre issu de ses rangs. Ce dernier, Samy Badibanga, est cependant loin de faire l’unanimité.

S’il n’en a pas été l’architecte, Edem Kodjo s’est révélé être un acteur important du dialogue. En dépit de ses succès relatifs, ses nombreuses maladresses – de communication notamment – ont contribué à produire un accord que l’on ne pourrait qualifier d’apaisant. En témoignent les harangues d’Étienne Tshisekedi, qui n’a de cesse d’affirmer qu’il convoquera, lui, un « vrai » dialogue inclusif.

Pour ce qui en est de la tenue d’élections en avril 2018, l’énarque togolais devra patienter. En effet, alors que l’encre des rares signatures des conclusions du dialogue n'avait pas encore totalement séché, que débutera incontestablement un travail de titan abattu par la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) consistant à débroussailler le terrain pour permettre un second round du dialogue politique, mieux, des discussions directes entre la Majorité présidentielle et l'opposition désormais unie sous la bannière du Rassemblement depuis le Conclave de Genval du 08 et 09 juin 2016. Mettant un terme définitif au rôle du facilitateur Kodjo dans la crise congolaise.

Toutefois, son appel au respect de l’accord a semblé être écouté par la majorité présidentielle puisque même lors des Accords de la Saint-Sylvestre, un Premier ministre issu de l’opposition fut désigné même s'il a fallu attendre des « Arrengements particuliers » sa en vue de sa désignation et même si la nomination de Bruno Tshibala à ce poste n'avait pas fait que des heureux dans le camp de l'opposition qui avait entre-temps perdu Etienne Tshisekedi, le président du conseil des sages de l'opposition.

En janvier 2019, Edem Kodjo était néanmoins présent à la préstation de serment de Félix Tshisekedi.