Gratuité de l'enseignement : "Un piège à Félix Tshisekedi", selon Christophe Lutundula




Gratuité de l'enseignement : "Un piège à Félix Tshisekedi", selon Christophe Lutundula






Christophe Lutundula


" Même si l'on fermait le Parlement, on ne trouvera pas 233 millions UDS pour supporter la gratuité de l'enseignement", ajoute le député national G7.

La mesure de gratuité de l'Enseignement de base dans tous les établissements publics, décrétée depuis le début de l'année scolaire en cours en RD Congo, continue à susciter plusieurs réactions, les unes opposées aux autres. La dernière est celle du député national Christophe Lutundula qui considère cette décision comme un véritable piège tendu au Président Félix Tshisekedi. Il l'a dit hier mardi 19 novembre 2019, dans son intervention à l'édition de 19 heures du journal de Top Congo FM.

" On ne doit pas se leurrer. Même si l'on fermait le Sénat et l'Assemblée nationale, on (ndlr : le Gouvernement) ne trouvera pas 233 millions de dollars américains pour supporter la gratuité de l'enseignement de base dans tous les établissements scolaires publics ", ajoute ce député national G7.

Mais, comment les Congolais ne peuvent-ils pas espérer voir la mesure de gratuité arriver à son bon port, quand on sait que le Président Félix Tshisekedi, à la faveur de ses nombreux voyages à l'extérieur, a ramené de l'argent au pays ? Plus d'un Congolais se trouve en droit (légitime ?) de se poser cette question. Dans sa réponse, Christophe Lutundula, n'entend pas se fourvoyer dans l'effervescence ambiante autour de ces multiples sorties du successeur de Joseph Kabila.

" Le Chef de l'Etat n'a jamais dit qu'il ramenait de l'argent frais-liquide. Il y a certes, de bonnes promesses que je voudrais prendre pour des engagements des partenaires extérieurs. Mais la coopération a ses procédures, ses délais et ses autorités qui décident en dernier ressort. Moi, je parle de ce qui est liquide. Ce qui est effectivement disponible ", précise l'élu de Katakokombe, dans la province du Sankuru.

Toutefois, malgré le mauvais pressentiment qui s'insinue en lui, le G7 Christophe Lutundula continue d'espérer. Selon lui, la meilleure manière de faire les choses aurait été d'appliquer progressivement la gratuité de l'enseignement. " Certes, la mesure est louable et mérite soutien. Je rappelle à tout le monde que visitant une école de la commune de Lemba, quelques jours peu avant la rentrée scolaire en septembre dernier, le Chef de l'Etat avait utilisé les expressions "petit à petit" et "progressivement", lorsqu'il avait justement parlé de la gratuité de l'enseignement de base dans tous les établissements publics. Et donc, je ne me vois à côté de ce que le Président de la République avait lui-même dit. Il va donc falloir y aller mollo pour donner à cette mesure, toutes ses chances de réussite ", conclut-il.

CLARIFIER LE STATUT DES ECOLES SOUS-TUTELLE

Si la gratuité de l'enseignement de base est une sorte de "pomme de merveille" dans certaines écoles publiques, elle demeure cependant, une véritable pomme de discorde dans bien d'autres établissements scolaires. Essentiellement, les écoles placées sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur et universitaire (ESU) et celui des Affaires sociales. A la suite de l'effectivité de cette mesure, les relations entre les parents et les gestionnaires de ces écoles évoluent dans une espèce de sociologie de conflits permanents.

On rappelle à ce sujet, la séquence du C.S du Mont-Amba et de différentes Ecoles d'application (EDAP). De l'avis de leurs responsables, ces établissements ne sont pas concernés par la gratuité de l'enseignement, parce que relevant de la tutelle de l'ESU. On connait la suite.

Par ailleurs, la même réticence est observée dans le chef des gestionnaires des écoles primaires placées sous la tutelle du ministère des Affaires sociales. Cas de CASI-ORT dans les communes de Masina (Pétro-Congo) et N'Djili (Q.IV). Au cours d'une rencontre avec les parents au mois d'octobre dernier,, les chefs de ces établissements ont clairement déclaré qu'ils n'appliqueront pas la gratuité, sous-prétexte que les écoles CASI-ORT sont des privées. En même temps, ils avouent qu'ils sont régulièrement payés par le trésor public, en tant qu'agents du ministère des Affaires sociales. Un paradoxe que les parents d'élèves, très fâchés, avaient du mal à comprendre. La raison du plus fort étant toujours la meilleure, les parents de ces écoles sont sommés de payer un forfait de 78.000Fc, au titre de frais scolaires pour le premier trimestre.

Ce langage de sourds entre les parents et les gestionnaires des écoles placées sous la tutelle administrative du ministère de l'ESU et celui des Affaires sociales, relance la problématique de la notion même d'école publique en RD Congo. Faute de compromis, les parents ont leur regard tourné vers le Gouvernement qui, selon eux, devrait clarifier, une fois pour toute, le statut de ces établissements dont il a la charge de la rémunération mensuelle des enseignants.