Nomination annoncée d'un Premier ministre : oiseau rare ou oiseau de mauvais augure ?




Nomination annoncée d'un Premier ministre : oiseau rare ou oiseau de mauvais augure ?








La coalition au pouvoir en République démocratique du Congo (RDC), semble avoir trouvé l’oiseau rare qui devrait désormais piloter l’action gouvernementale. C’est, en tout cas, en substance, le message délivré, le 18 mai dernier, par le président Félix Tshisékédi aux ambassadeurs de l’Union européenne et du Canada réunis autour d’un déjeuner organisé « dans le but de promouvoir le rapprochement entre la RDC et ses partenaires ».

« Nous avons la fumée blanche ! », a déclaré le président Félix Tshisekedi au cours du déjeuner offert aux ambassadeurs de l‘Union européenne et du Canada à Kinshasa ce samedi. Ce qui fut par la suite confirmé dans un tweet, Kasongo Mwema Yamba Yamba, le porte-parole du président de la République, a donné cette explication : « Les diplomates ont compris : "Le Premier ministre est trouvé". Rendez-vous la semaine prochaine », a précisé le porte-parole du chef de l’État.

Même si le nom du futur Premier ministre n’a pas été communiqué et qu’il faille, pour cela encore, attendre tout au long de la semaine qui s’ouvre, son portrait-robot, sans véritable surprise, est connu. Le futur chef de l’Exécutif doit être à la fois compatible avec l’actuel président Félix Tshisékédi et proche de son prédécesseur Joseph Kabila.

« Le futur Premier ministre sera un homme du consensus », soutient un cadre du PPRD, qui affirme que le chef du gouvernement doit être à la fois compatible avec l’actuel président et son prédécesseur. « Une démarche d’alliance et de coalition », dit-il.

Il y avait urgence à agir !



Cette longue gestation témoigne de la difficulté que la Coalition pour le changement (Cach) du président, faute de disposer de la majorité à l’Assemblée nationale, à parvenir à un consensus avec le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila qui domine le parlement.

En effet, Félix Tshisekedi, élu président à l’issue du scrutin controversé du 30 décembre 2018 et installé dans ses fonctions depuis le 24 janvier 2019, a passé ses 100 premiers jours à la tête de l’Etat, sans pouvoir se doter d’un gouvernement.

Certes, l’on ignore encore les clauses de l’accord entre le président et la majorité parlementaire, mais l’on peut se féliciter que les deux parties aient pu, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, s’élever au-dessus de leurs intérêts partisans. Même s’il subsiste encore la crainte que cet accord ait pu se faire sur le dos du peuple, il constitue tout de même une avancée importante au regard des vastes et urgents chantiers qui attendent cet Exécutif dont l’accouchement, comme l’on s’y attendait, a été des plus difficiles.

Sans être exhaustif, on peut citer, entre autres urgences, le défi de la transformation qualitative des conditions de vie des Congolais. Car, c’est connu, les Congolais sont extrêmement pauvres dans un Etat très riche. Il y a donc urgence à agir pour vaincre le signe de la malédiction minière en faisant en sorte que les richesses du pays profitent à tous.

Et cela passe par une lutte sans merci contre les empires financiers qui enlacent, par les tentacules de la corruption et de la fraude, tout le tissu économique congolais. Une autre urgence en RDC, est l’impérieuse nécessité de ramener dans le giron de la République, les immenses territoires de l’Est et du Centre du pays contrôlés par des bandes armées qui défient ouvertement l’Etat central.

L’on passe sous silence les urgences sanitaires liées à l’épidémie de la fièvre hémoragique liée au virus Ebola et les vastes chantiers de la réconciliation nationale et de la réforme des institutions républicaines.

C’est dire si l’avènement du nouveau Premier ministre est des plus attendus dans un pays qui ne pouvait se payer le luxe d’une si longue attente. Toutefois, il n’en demeure pas moins que « cette fumée blanche », pour reprendre l’expression du président Félix Tshisekedi lui-même, suscite de nombreuses interrogations.

Une équipe gouvernementale assimilable à la Tour de Babel ?



L’oiseau rare annoncé n’est-il pas aussi un oiseau de mauvais augure quand on sait que les ficelles du pouvoir sont tenues en sous-main par l’ex-président ?

Jusqu’ici, plusieurs noms ont été successivement évoqués : Albert Yuma, le patron de la Gecamines, Henri Yav Mulang, ministre des Finances, Jean Mbuyu, dernier conseiller sécurité de Joseph Kabila ou, plus récemment, le patron de la SNCC, le professeur Sylvestre Ilunga. Depuis le début de la semaine, dans les cercles diplomatiques, c’est ce dernier nom qu’on dit tenir de source sûre mais « on n’est jamais à l’abri d’une surprise », rappelle un ministre.

Le problème aujourd’hui porterait surtout sur la formation d'un gouvernement de coalition inédit, entre Cach, la coalition présidentielle et la nouvelle majorité parlementaire, le FCC de Joseph Kabila. Tout d'abord sur la répartition des postes entre les deux. Cette semaine, on évoquait 70 % pour le FCC et 30 % pour Cach. D'autres postes relèveraient du pouvoir nomination discrétionnaire du président. Pour le FCC, il faut garantir des postes aux caciques de l'ancien régime, sans compter les prétentions des composantes des deux coalitions UDPS-UNC pour Cach et PPRD-AFDC pour le FCC.

Il faut donc craindre que le Premier ministre annoncé comme un messie, ne soit que la simple marionnette d’un vieux pouvoir vomi par les Congolais. Et même dans le cas où le nouveau chef de l’Exécutif est un pro-Tshisekedi ou est un homme neutre, il est à redouter qu’il ne se retrouve à la tête d’une équipe gouvernementale assimilable à la Tour de Babel ou à la case des singes.

Il n’est d’ailleurs pas exclu que les hommes de Kabila qui détiendront, à coup sûr, d’importants portefeuilles ministériels dans le nouveau gouvernement, travaillent à faire regretter l’ancien régime par la même occasion. En tout état de cause, il faut craindre que le Premier ministre ne se relève, au lendemain de sa nomination, avec une sévère gueule de bois.

Celui qui est plutôt à plaindre, c’est le peuple congolais dont on a confisqué le pouvoir et qui, in fine, risque d’être le perdant de ce vaste théâtre d’ombres dont l’acte final est la remise en selle de Joseph Kabila. En tout cas, en attendant que le voile se lève sur l’identité du futur PM, les pronostics se poursuivent sur les rives du fleuve Congo et chacun y va de son favori. Pendant ce temps, se poursuivent parallèlement les négociations entre le Cach et le FCC pour la répartition des postes gouvernementaux, une autre paire de manches qui complexifie l’équation de la formation de l’équipe gouvernementale.