LE MARTYRE DE ROSSY MUKENDI

Rossy Mukendi : Intellectuel et martyr du 

25 février 2018 – B. Musavuli



Les Grandes lignes de la pensée de Rossy Mukendi
Le mémoire de licence de Rossy Mukendi commence par un regard d’une grande lucidité sur la géopolitique internationale de l’après-Guerre-froide, les réalités et les dynamique du monde post-blocs ainsi que leurs conséquences sur le rôle de pivot stratégique que jouait le Congo (Zaïre) dans la région de l’Afrique centrale. Le Congo est subitement passé du rang de puissance incontournable de la région en simple proie de la prédation des pays voisins. Il est ainsi devenu le terrain des puissances étrangères. Pourtant, fait remarquer Rossy Mukendi, le Congo, compte tenu de son potentiel économique et de sa position stratégique, a nécessairement vocation à se relever et à assumer son rôle en tant que puissance.
Rossy Mukendi estime que l’intervention de la Communauté internationale, derrière la MONUSCO, n’est pas une aide, mais une façon de rappeler aux Congolais qu’ils ont la responsabilité inévitable de s’assumer en tant qu’État et puissance, puisque leur propre sécurité, et celle des pays de la région en dépendent. Ils doivent assurer la maitrise de l’appareil d’État congolais et le contrôle effectif de leur territoire national. Comment y parvenir ?
Dans une analyse prospective en trois chapitres, Rossy Mukendi décrit les principaux axes de la renaissance du Congo en tant qu’Etat et balise la voie vers l’aboutissement effectif de la renaissance du Congo. Avec un réalisme déroutant mais tout à fait convainquant, Rossy Mukendi insiste sur le fait que les Congolais doivent avant tout s’approprier leur démocratie et bâtir un Etat de droit. Ils doivent bâtir un appareil administratif, judiciaire et sécuritaire performant et développer une diplomatie réaliste, dans un premier temps, parce que le pays est encore en position de faiblesse sur le plan géopolitique. Quant aux moyens pour y parvenir, Rossy Mukendi propose, de s’appuyer, aussi bien sur les mécanismes nationaux que sur les mécanismes internationaux. Au niveau national, l’intellectuel propose une réelle réconciliation entre Congolais, la mise en commun des synergies nationales et le bannissement de ce qu’il appelle « l’irrationnel et la démesure ».
Les stratégies à ce niveau sont d’ordre exclusivement politique et diplomatique. Il s’agit de batailler fermement pour la reconversion des prédateurs actuels en partenaires ou alliés pour la paix, la démocratie et le développement de la RDC. Rossy Mukendi s’oppose ainsi aux logiques revanchardes et prône une réconciliation politique à tous les niveaux pour garantir l’essor économique du Congo. Outre ce devoir de positionnement stratégique, le Congo devrait à tout prix rechercher des voies et moyens de résoudre définitivement la question des populations réfugiées sur son territoire. Ces réfugiés, pour la plupart originaires du Rwanda et de l’Ouganda, qui ont afflué depuis les années 1990 dans l’Est du territoire congolais jouent un rôle perturbateur. La présence de ces réfugiés a servi de prétexte aux agressions répétées du territoire congolais, lesquelles ont occasionné des massacres des paisibles citoyens congolais et des dégâts énormes sur le plan économique, social et environnemental.
Sa conclusion générale
« Comment faire passer l’État de son stade actuel de simple réserve des matières premières, ouverte à la prédation de tous, à celui d’une véritable communauté populaire de destin ? Quelles sont les opportunités qui sont offertes aux Congolais pour faire renaître le pays face à la puissance et à l’influence des pays étrangers ? »
Le Congo, selon lui, se trouve dans un état d’effondrement qui hypothèque l’exercice effectif de sa souveraineté, à l’intérieur, et réduit considérablement sa marge de manœuvre dans ses relations  avec ses partenaires traditionnels. Tous les secteurs vitaux de l’État sont en faillite et nécessitent une profonde restructuration. Cette déliquescence ne s’explique fondamentalement que par la nature du système d’organisation politique que le pays a connu depuis son accession à l’indépendance et à la souveraineté.
« (…) Le redressement du système public interne devrait se traduire par la continuation et la consolidation du processus démocratique, la restauration de l’administration et de la justice véritable, le renforcement des capacités de production et de mobilisation des richesses, la réforme en profondeur du secteur de sécurité ainsi que la redynamisation et rationalisation de l’appareil diplomatique du pays. Certaines démarches ont déjà été amorcées dans ce sens, mais avec moins d’emphase et qu’il faudrait procéder d’urgence à des rajustements ou recadrages pour parvenir aux résultats escomptés c’est-à-dire doter l’État des moyens ou des capacités d’accomplir effectivement les missions inhérentes à sa raison d’être. Il s’agit en d’autres termes pour la RDC de passer du stade de la souveraineté consacrée par le droit internationale à la souveraineté praxéologie ou opérationnelle qui dépend de la maîtrise de certains déterminants de la puissance. Le volet repositionnement prend en compte la conduite de l’État dans ses rapports avec le monde extérieur. (…) Un rapprochement avec les puissances occidentales est souhaitable dans sa quête de paix et de stabilité étant donné que celles-ci jouent un rôle majeur dans la redistribution des cartes. (…) Une prise de conscience collective, sous l’impulsion des dirigeants légitimes, patriotes et visionnaires reste le meilleur encrage pour la renaissance du Congo dans ce monde en recomposition.
Extrait du mémoire de Rossy Mukendi Tshimanga